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Contexte historique à titre indicatif

Colloque:Au-delà des frontières en Europe durant la Belle Epoque. L'organisation du savoir, les réseaux mobilisateurs et les changements sociaux consécutifs.
Les 20 et 21 mai 2010 au Mundaneum


La période de la Belle Epoque

Pour quelques uns, le XIXème siècle, c’est une industrialisation souvent puissante et brutale, un colonialisme emprunt de rivalités entre les nations et l’exploitation des populations indigènes, des empires, des monarchies et classes sociales rigides, un ordre mondial apparemment bien établi, qui s’interrompt et prend fin avec le déclenchement de la première guerre mondiale en 1914. Pour d’autres, c’est une période de modernisation palpitante du
point de vue de l’organisation sociale et politique, dans la vie artistique et littéraire et dans les sciences.

Si aucune définition précise pour la période qui clôture le XIXème siècle et ouvre le XXème siècle existe, les périodisations sont toujours des questions problématiques et artificielles. Pas même une guerre mondiale ne permet de déterminer et trancher définitivement. Des périodes peuvent simplement nous aider à convenir d’un utile point de référence commun pour la discussion. Pour ce qui est l’objet de notre colloque, le focus porte sur l’Europe, Grande-Bretagne comprise, dans une période répartie entre 1880 à 1914.

Il est impossible de figer les aspects complexes de cette période en quelques lignes, mais durant ces années, la vie européenne intellectuelle et sociale est marquée par un nombre de mouvements politiques et sociaux puissants.

ILa plupart ont débuté plus tôt, se sont affirmé et ont continué plus tard, tout en occasionnant beaucoup d’oppositions. Le libéralisme, le socialisme (anarchisme), le pacifisme, l’agnosticisme (et mysticisme), et le féminisme, par exemple, s’affirment fortement. Ces mouvements sont inextricablement liés et influencés les uns par les autres et évoluent au même moment sur le terrain national et international.

Un aspect particulier de cette période est la création d’un nombre croissant d’organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales. La plupart d’entre elles tiennent régulièrement leurs réunions dans diverses localités à travers le continent. Parmi elles, beaucoup choisissent Bruxelles comme quartier général de leurs activités. Beaucoup jouent un rôle important dans le mouvement pacifiste international en pleine expansion. Des petites nations comme la Belgique et la Suisse désirent attirer ces organisations et veulent distinguer leur action d’une entité internationale dominée par les grandes puissances. Certains événements internationaux tels que les Congrès de la Paix de La Haye en 1899 et 1907 et le nombre impressionnant d’expositions universelles, telles que celles organisées à Paris en 1900, à Bruxelles en 1910, ou encore à Gand en 1913, sont des éléments marquants de cette période. Ces organisations et ces événements aident à créer de nouveaux forums pour l’échange d’idées, et de nouvelles formes d’associations ou de réseaux. Toutes ces réunions fournissent le contexte pour l’apparition de ce que Paul Otlet, à l’instar d’autres, qualifie comme une forme de vie internationale.

Durant cette période, le développement de la différenciation sociale qui a résulté de la professionnalisation des métiers s’accélère. Ceci engage la création d’associations influentes dans des matières particulières comme l’éducation, la reconnaissance et socialisation continue chez les juristes, docteurs, enseignants, bibliothécaires, scientifiques ou autres. Ils commencent à s’attacher à la gestion et à l’application des connaissances spécialisées. Des aspects de cette connaissance étaient le sujet-même de nouvelles formes de développement à travers les sociétés locales, nationales ou internationales, comme par exemple pour celles attentives à l’arbitrage international, au copyright et aux disciplines scientifiques et sociales de type divers.

Des mouvements dans les Arts appliqués, l’architecture et le design apparaissent dans toutes les villes d’Europe, parfois en défiant l’industrialisation ou s’en éloignant pour remplacer ce qui est traditionnel ou conventionnel avec un nouveau style. Le mouvement des Arts et métiers en Grande-Bretagne, l’Art Nouveau en Belgique, la sécession et ses différents modes d’expression en Allemagne ou en Autriche, la Werkbund Germanique ou l’atelier Viennois, se sont influencés à travers leurs journaux, leurs salons et expositions. La plus grande parties de ces pays disposent alors de ses propres représentants de l’impressionisme, du pointillisme, de l’expressionisme et du symbolisme pour en nommer certains, qui défient les conventions établies. Une sorte de contrepoint contraste dans la musique qui fut entendue à travers toute l’Europe avec les nouvelles sonorités des impressionnistes tels que Debussy et Ravel et bien plus encore l’atonalité avant-gardiste de la précoce école viennoise de Schoenberg, Webern et d’autres avec des sonorités wagnériennes et les compositeurs du mouvement romantique tardif. Le Music-hall quant à lui distraie les masses.

Ces années vues comme des révolutions dans les connaissances techniques et scientifiques, atteignent sans doute leur apogée avec Einstein et sa grande publication en physique de 1905. Cette période se caractérisait entre autres choses par de nouveaux développements en chimie et son industrie. On assiste au balbutiement de l’ingénierie électrique et à sa commercialisation. On connaît aussi l’usage répandu du téléphone, du télégraphe et du vélo. L’industrie automobile et aéronautique fait son apparition un peu plus tard. De nouveaux départements, des laboratoires et des instituts se créent à l’intérieur et à l’extérieur des universités pour fournir les nécessaires ressources spécialisées de la recherche et faciliter la formation de nouvelles générations de chercheurs.

Le positivisme d’Auguste Comte et l’évolutionnisme social d’Herbert Spencer ont atteint un niveau d’influence étendu qui stimulent de nouvelles approches de l’étude de l’homme et de la société. C’est la période, par exemple, de Pavlov, Durkheim et Freud. Les savants commencent à s’enthousiasmer pour la création des sciences humaines et sociales qui
seraient, par leur rigueur méthodologique, comparables aux sciences naturelles et pures. Il leur semble désormais possible de découvrir empiriquement des faits psychologiques et sociaux et de formuler des principes et des lois tirées de cette observation. Cette connaissance positiviste peut donner en fin de compte, pensent-ils, lieu à la création de gouvernements aux bases solides pour soulager les injustices et apaiser les agitations sociales et guider la formation d’un ordre mondial pacifique et prospère. De telles idées ont animé les universités. Des sociétés nationales et internationales s’ouvrent alors à de nouvelles disciplines comme la sociologie, l’anthropologie, la psychologie sociale et s’étendent à l’éducation ou la pédagogie et la criminologie. Ces développements des multiples facettes des sciences et des savants mènent plus généralement à l’apparence d’une idée du travail intellectuel et du travailleur intellectuel.

A travers l’Europe, l’augmentation de la production du fer, de l’acier, du charbon et du pétrole s’affirment pour l’industrie qui fait face aux défis technologiques et financiers. Ces changements induisent des modifications dans les pratiques managériales sans cesse préoccupées par la stabilisation de ses marchés et à générer plus de profits. Les magnats industriels ont engendré des fortunes importantes comme ils développèrent de nouveaux modes d’extension de capitaux multinationaux (et, comme aux USA, certains deviennent des philanthropes dans la sphère culturelle et éducative). La création des technologies de production de masses mène à rechercher aussi bien qu’à refléter la disponibilité des marchés de nouveaux consommateurs. Des organisations effectives et efficaces de ces entreprises de
plus en plus complexes dans les marchés globaux requièrent le développement de nouvelles structures et systèmes pour la gestion de l’information et l’organisation du travail. Parmi les conséquences sociales et politiques de ces phénomènes, il y a des agitations ouvrières, la naissance de nouveaux partis et de groupes de pression, des luttes incessantes pour l’extension du suffrage et une foule ahurissante de publications qui les soutiennent.

L’éducation à tous les niveaux et conditions impliquent partout des changements, pas seulement pour les élites destinées à un rôle administratif ou politique mais aussi dans l’éducation qui touche tous les garçons et peu à peu certaines filles et spécialement les travailleurs adultes. Des combats pour l’extension du suffrage sont activement menés parallèlement dans le domaine de l’éducation libre, laïque et obligatoire.

Pendant la période, le taux d’alphabétisation a augmenté. Les différences sociales s’atténuent et de nouveaux marchés littéraires s‘ouvrent. L'apparition d'un marché littéraire populaire toujours plus étendu, aussi bien dans les métropoles que dans leurs dépendances coloniales s’accompagne d’une disponibilité de nouvelles technologies pour l'impression et la publication de masse. Ce sont là des facteurs majeurs de l’explosion de la production de livres, journaux et périodiques.


L'information et la Belle Epoque

Il existe une vaste littérature et une variété d'approches historiographiques pour la recherche et ses développements (cf : pistes non exhaustives citées ci-dessus). Nous avons simplement suggéré d’y ajouter une approche analytique ou structurelle. Tous ces développements ont concerné la production, la dissémination et l’utilisation de l’information. La quantité et la complexité des informations ont graduellement augmenté comme les modes de déploiements académiques, sociaux, politiques et industrielles de cette génération. La Belle Epoque est considérée par nous comme une époque de création de nouvelles structures de nouveaux procédés pour la découverte, la communication et la gestion d’information (formelle et informelle, individuelle ou institutionnelle, personnelle ou collective, analytique ou
bibliographique, sociale ou technologique, nationale ou internationale). Dans certains cercles, il y avait une profonde prise de conscience, voire même de l’anxiété, au sujet de la question de comment créer au mieux les organisations, les systèmes et les procédés qui constituent une nouvelle ou une version améliorée de l’infrastructure de l’information. Une telle infrastructure est un aspect nécessaire de la stratégie à développer pour réaliser les objectifs sociaux,
politiques et scientifiques.


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Pour toute demande de renseignements complémentaires, veuillez vous adresser au secrétariat du colloque

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